L’effet miroir de la forêt

Posted on septembre 4, 2017 | 0 comments

« La forêt engage une épreuve de soi, une réinterprétation de soi. S’y promener c’est se livrer à de singuliers exercices de soi. » J. P. Pierron
« Si tu veux savoir qui je suis, demande-moi de te dessiner un arbre ».

 

Voici le quatrième bienfait de la forêt, qui s’inscrit dans une série d’articles de fond commencée en juillet 2017, après « ralentir« , « se ressourcer » et « s’abandonner à la différence« .

Que se passe-t-il en forêt ?

Pourquoi je pars me promener en forêt ? Je peux évoquer toutes sortes de raisons, plus ou moins mentales, plus ou moins conscientes.

Je crois fondamentalement qu’une des raisons profondes qui me poussent à retourner souvent en forêt, outre l’aspect ressourçant, c’est cet « effet miroir » que m’offre, dans tout son déploiement, la nature sauvage que représente la forêt.

La forêt présente une singularité spatiale forte : elle concentre en un même endroit, sur les trois dimensions de l’espace, des milliers d’espèces vivantes. Ces espèces sont toutes différentes et interagissent les unes avec les autres. Le terme « milliers » est d’ailleurs loin du compte. Si nous incluons les champignons et les bactéries du sol, nous devrions parler de millions. Sur seulement quelques mètres carrés de forêt.

La forêt est plus qu’un écosystème riche et complexe. La forêt est l’archétype même de l’écosystème riche et complexe.

Et tellement riche et complexe qu’il est encore bien mystérieux. Et ce sont justement ces deux aspects, l’aspect archétypal d’une part et le mystère d’autre part, qui vont augmenter encore un peu plus l’effet miroir.
Effet miroir

En forêt, je me confronte, avec tout mon corps, avec cet écosystème. Je le rencontre avec mes 5 sens, et avec mes émotions. Le philosophe Jean-Philippe Pierron utilise d’ailleurs le terme d’« engagement ». En effet, en forêt, comme en montagne, en mer, dans le désert ou dans tout espace de nature vraiment sauvage, j’engage tout mon être. Je vis une expérience immersive complète.

Il ne s’agit plus de regarder un film qui se passe en forêt, il ne s’agit plus de lire Jack London,

Il s’agit de vivre.

De toucher les écorces,

d’entendre les hululements des chouettes au milieu de la nuit,

de sentir le rayonnement des flammes du feu de camp ou le chatouillis des chenilles sur le visage, l’humidité du sol sous les fesses,

et de humer les essences des herbes, des arbres et de la terre en décomposition avec tout son odorat.

En forêt, l’air que je respire dépasse l’olfaction et vient m’envelopper dans ma globalité. L’apport d’oxygène n’est pas la phrase qui dit « je ressens par l’air pur que je respire une libération de toutes mes tensions », mais une expérimentation directe de ce que cette phrase signifie.

La rencontre de l’alterité favorise l’effet miroir

En forêt, je m’abandonne à l’Autre. Je rencontre le non humain, et à fortiori le « non moi », qui habite ces lieux pendant que je ne fais que les traverser. C’est la confrontation avec l’Alterité avec un grand A.

 

Et c’est ce que cette alterité va révéler de moi qui va créer cet effet miroir.

Effet miroir

Arbres à Majagual – Dessin Serge Mang-joubert – Nicaragua, 2004

La différence de manière d’ « être au monde » qu’il peut y avoir entre la chenille et moi ou entre la chouette et moi ou encore entre la mousse et moi, ou, plus symbolique encore, entre ce vieux chêne et moi, cette différence va stimuler des ressentis en moi, dans toutes les directions, toutes les couleurs.

Ces ressentis seront différents chez moi et chez toi. Car toi et moi sommes deux être distincts, avec nos propres histoires.

La chenille qui va me faire crier de surprise en la découvrant sur ma nuque avec ma main va te faire éclater de rire, peut-être ?

Le chêne au pied de qui je vais m’adosser va m’apaiser tandis que tu y trouveras éventuellement de l’énergie pour aller de l’avant.

Les exemples peuvent être ainsi multipliés à l’infini.

Au final, la question de fond est « que me disent sur moi-même mes réactions, mes sentiments, mes projections sur la forêt ? »

Finalement, tout est histoire de projections

Si je m’approche d’un hêtre centenaire, droit, épais et haut. Au-delà de ces qualificatifs encore somme toute objectifs, je peux aussi le trouver puissant, élégant, prétentieux, rassurant, fort, beau, somptueux, etc… Je vais « projeter » sur lui mon ressenti. Je vais avoir des « jugements », positifs ou négatifs, sur sa manière d’être au monde. Comme je peux en avoir sur un collègue, un ami, un parent, un conjoint, un passant, une célébrité, ou encore un chien, une girafe, un chacal ou un paysage…

Mais comme tous les jugements, comme toutes les projections, cela va surtout parler de moi. Pourquoi, moi, je le trouve si élégant, ce hêtre, alors que d’autres le verraient autrement ?

De quoi cela parle ?

Effet miroir

Ceiba, Rio Coco, Nicaragua, 2004

Cela ne parle-t-il pas de mon besoin d’élégance ? L’élégance compterait-elle autant pour moi ? Ou, autre hypothèse, cela ne voudrait-il pas signifier que je connais le goût de l’élégance si j’arrive à la percevoir chez l’autre. Quel que soit cet autre ? Et que si je connais ce goût, c’est que j’ai moi-même cette élégance en moi, d’une manière ou d’une autre, au moins au stade latent.

Tu peux remplacer « élégant » par n’importe quel, je dis bien n’importe quel qualificatif que tu serais amené à projeter sur un Autre. Et à chaque fois, cela parlera de toi. De ton besoin en rapport avec ce qualificatif, dans le passé ou maintenant, ou de ta capacité actuelle ou future à être toi-même ainsi.

La forêt m’offre cet « effet miroir » en permanence et c’est pour cela que j’ai besoin d’elle. Il ne dépend que de moi de regarder mon reflet ou de passer mon chemin.

Effet miroir

Un bénéfice puissant mais pas toujours facile à accueillir

Regarder son reflet, c’est un « exercice de soi » qui peut souvent être confrontant. Accueillir ses ombres n’est pas le plus difficile. Accueillir ses ors peut souvent s’avérer encore plus dur. Dans cette société où j’ai appris très tôt à me dévaloriser, je vais facilement être dans le déni d’accepter que moi aussi, je porte en moi telle ou telle qualité positive.

La forêt peut m’aider à m’accueillir. A me (re)trouver. Pouvoir se retrouver, c’est un des autres bienfaits de la forêt que nous verrons prochainement.

 

Pour profiter de tous ces bienfaits, n’hésitez pas à consulter notre offre et notamment les bains de forêt.

 

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