Changer d’ère en passant de l’Anthropocène au Symbiocène

Qu’est-ce que le Symbiocène ?

Glenn Albrecht, philosophe du vivant (le Bruno Latour australien qui a inventé le concept de solastalgie), définit ce nouveau concept de la manière suivante (source : “Les Emotions de la Terre“) :

“Ere de l’histoire de la Terre basée sur la symbiose, succédant à l’Anthropocène. Au Symbiocène, l’empreinte des humains sur la Terre sera réduite au minimum. Toutes les activités humaines seront intégrées dans les systèmes vitaux et ne laisseront pas de trace.”

Dans Les Emotions de la Terre, il consacre plusieurs chapitres à décrire en quoi consisterait une telle ère géologique.

C’est considérable.

Aussi considérable que ce que Homo sapiens a réussi à faire jusqu’à maintenant : avoir une telle empreinte sur tous les systèmes vivants qu’une nouvelle ère géologique a commencé depuis quelques décennies : l’Anthropocène.

Là, il s’agit ni plus ni moins d’aller encore un cran plus loin sur le chemin de notre puissance en tant qu’espèce : après avoir réussi à transformer la matière et les flux d’énergie de tous les écosystèmes de la Terre, de la fosse des Mariannes au sommet de l’Everest, dans chaque cours d’eau, dans chaque cellule de chaque être vivant (nanoplastiques, radioactivité, OGM), il convoque un récit où Homo sapiens, enfin devenu adulte, transcenderait sa puissance en renonçant à bon nombre de commodités de confort, de loisir et de stimulation du striatum (cf. le Bug Humain, Sébastien Bohler). En se libérant de l’esclavage de cette glande logée dans son cerveau, il renoncerait à cette drogue dure qu’est la dopamine, parce qu’il aurait compris – collectivement – que sa survie même se jouait à cet endroit-là précisément.

 

A quoi ressemblerait le Symbiocène ?

Dans ce récit, Homo sapiens aurait réussi à dépasser son avidité, ses addictions d’adolescent blessé, son envie de faire bande à part des millions d’autres espèces du buisson de l’évolution, voire de les détruire ou les contrôler, dans une logique de prédation ou de parasitisme avancé.

Dans ce récit, Homo sapiens serait devenu mature, et se serait réconcilié, reconnecté, avec tous ses autres frères et soeurs vivant.e.s, avec ses propres enfants pas encore nés, avec ses lointains ancètres qui vivaient déjà dans le Symbiocène – sans en avoir conscience. Il aurait appris à faire, en conscience, des choix de vie respectueux, à long terme et sur une large distance, de tous les vivants impactés par ces choix.

Il aurait appris à renoncer au superflu, et à partager sa place dans l’écosystème avec lequel, quoi qu’il puisse en dire, il interagit, de fait. Plus de béton, plus ou presque, plus de coupes rases, plus de villes 100% minérales, plus de voitures individuelles, plus d’extractions minière destructrice, plus d’infrastructures qui séparent, plus de sources d’énergies qui détruisent la vie. Il serait devenu sobre, en étant totalement conscient qu’en faisant ces choix de renoncement, il ne serait pas devenu plus malheureux pour autant, bien au contraire.

 

Comment y aller ?

L’actuel système techno-industriel qui a généré l’Anthropocène, et qui va en précipiter la chute très prochainement (et avec lui bon nombre de vivants, c’est ainsi) est pour le moment tellement bien verrouillé qu’il est très difficile d’en sortir. Refuser d’avoir un smartphone et une voiture, vivre à deux dans un appartement de 50 m² sans jardin, manger très peu de viande, l’honorer quand on la mange (et honorer tous les vivants impliqués dans chaque repas), ne plus prendre l’avion… tout cela nécessite de s’organiser, de l’énergie, des deuils, des renoncements, des nouveaux réflexes et un contrôle mental parfois rigoureux sur le striatum (facilité, certes, par le sens de tous ces choix et l’envie d’être en symbiose avec les vivants).

Et c’est malheureusement encore insuffisant. L’auteur de cet article continue d’avoir un ordinateur, d’utiliser Spotify, LinkedIn, Infomaniak… Il continue d’avoir de l’argent en épargne (1 € épargné à la Nef = 350 g de CO2 par an, d’après l’ADEME). Il continue à payer des impôts à un Etat qui fait tout pour renforcer la mégamachine au lieu d’accompagner la redirection écologique vers le Symbiocène (en vrai, quel ministre a déjà entendu parler de ce terme ?). Etc.

Tout autant d’actions qui ralentissent la transition vers le Symbiocène.

Eh oui, cette bascule ne se fera pas en un jour, ni même en une seule génération.

Mais elle a déjà commencé. Déjà des humains dialoguent avec d’autres vivants. Déjà des hommes et des femmes font de leur mieux pour construire un monde où la relation symbiotique est au centre de toutes les décisions, à toutes les échelles. Déjà des pans de l’économie basculent, avec notamment l’économie du don et l’économie symbiotique (pas tout, attention !). Des initiatives à grande échelle oeuvrent à faire (ré)émerger le Symbiocène partout sur la planète (cf. film Demain par exemple).

Et ce qui compte plus que tout, à ce stade, ce n’est pas tant ce qu’on parvienne à changer des choses dans la matière (même si d’un certain point de vue, c’est très urgent #giec). De toute façon, nous nous heurtons assez vite au plafond de verre des choix collectifs de notre société de consommation, 100% anthropocéniques (et anthropocentrés).

Ce qui compte plus que tout, à ce stade, c’est la posture. C’est cet élan de reconnexion, cette attention au monde retrouvé, ces égars pour le vivant si chers à Morizot. C’est cette conscience de qui nous sommes, et de qui nous voulons être. De la posture naissent ensuite les actes durables et authentiques.

 

Et quel rapport avec Entre les Arbres et la forêt ?

S’immerger régulièrement dans un écosystème vivant où la très grande majorité des relations sont de nature symbiotique nous permet de réajuster notre être à cette forme d’interaction si fréquente et mutuellement profitable. Chez Homo sapiens, on lui a donné un nom spécifique. On l’appelle Amour. Au final, être dans un rapport symbiotique avec un Autre, n’est-ce pas une forme d’amour primordial ?

Lorsque vous partez en forêt avec Entre les Arbres, l’intention est de vous faire ressentir cette forme de connexion. Au départ de chaque bain de forêt, sans doute avez-vous déjà remarqué, si vous avez déjà participé à un bain de forêt avec Entre les Arbres, que vous étiez invité à mettre de la conscience sur cet air chargé d’O2 qui entre en vous, et qui devient vous, alors que cet O2 composait encore, quelques heures avant, les feuilles autour de vous. Et à prendre conscience de l’air qui sortait par vos narines, chargé de CO2, cette matière qui composait vos cellules et qui va servir de brique pour le végétal qui vous a tant donné d’oxygène.

Et dans ces moments-là, il ne s’agit pas de penser ces flux de matière. Il s’agit de les vivre, de les ressentir. C’est là que la “posture symbiocénique” se construit. Pas à pas, de bain de forêt en bain de forêt, de reconnexion en reconnexion. De l’émerveillement jusqu’à ce que Glenn Albrecht (toujours le même) appelle la biophilie (l’amour de la vie).

Avec Entre les Arbres, que ce soit dans vos bains de forêt ou dans des propositions plus sophistiquées (ex : les formations Changement Vivant sur l’accompagnement du Changement dans le contexte de la Transition Ecologique, le Voyage du Héros, la facilitation territoriale,…), vous serez invités à expérimenter, au moins partiellement, cette biophilie, et à travers elle, le Symbiocène. Vous en savourerez le goût, et vous découvrirez en vous vos élans et vos ressources pour le faire advenir à votre tour autour de vous, à votre échelle, à votre rythme, dans le respect du vivant, à commencer par celui qui vous anime vous.

Dans nos formations, dans tous nos stages, dans chaque bain de forêt, les fondements du Symbiocène vous seront proposés : vivre un présupposé de confiance envers les autres vivants, apprendre à suivre son intuition, se connecter aux autres vivants autour de soi, décoder ce qu’ils ont à dire, s’autoriser un décodage imparfait et filtré par ses propres interprétations, s’autoriser à sentir que ce qu’on sent est profondément vrai malgré tout, interagir avec les autres depuis le coeur, réduire son empreinte non plus par culpabilité ou par peur, mais par joie de se sentir au service de la vie à travers une frugalité épanouissante.

 

Et en attendant une prochaine sortie avec Entre les Arbres, que puis-je faire ?

En attendant de venir goûter ce parfum subtil de futur dans une prochaine proposition d’Entre les Arbres, vous pouvez déjà participer à ce récit si désirable que le Symbiocène rallume pour l’humanité :

  • En en parlant autour de vous, tranquillement ;
  • En réduisant progressivement votre empreinte écologique (dans la joie sinon, ça ne peut pas marcher) ;
  • En relisant – par exemple – Les Emotions de la Terre, Mère, Ecopsychologie pratique et rituels pour la Terre, Manières d’ètre vivant, Se sentir vivant par la sylvothérapie, 101 façons de se reconnecter à la nature (fiche de lecture à paraître prochainement) ;
  • En prenant le temps de ressentir avec vos sens et vos émotions, et de porter votre attention à votre manière d’être en relation avec les autres vivants, ici et maintenant, autour de vous, autant que ceux qui sont loin dans le temps ou dans l’espace. Les voyez-vous pour ce qu’ils sont (au sens “Je te vois” d’Avatar) ou sont-ils de simples décors ?
  • En vous demandant si le plus important est de perdre sa vie (et la Terre) à la gagner ou si c’est de faire un job qui a du sens, réellement au service de la vie (et en revoyant au passage les films En Quête de Sens et Artistes de la Vie).
  • En travaillant sur les peurs qui vous empêcheraient de suivre votre élan profond à vous réaligner.

Et si vous avez besoin d’aide pour cela, rien de tel qu’un coaching entre les arbres ?

Prenez le temps de cette fin d’année pour vous poser et regarder où, dans votre vie, vous pouvez agir pour faire advenir un peu plus de Symbiocène.

A bientôt pour cocréer cette prochaine étape de l’évolution, ensemble ?

 

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